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Les Loricariidaes ne sont pas des nettoyeurs !!! le Jeu 8 Mai - 12:55
Les images illustrant cet article ont été mises à disposition sur le topic "photothèque ventouses" de AquAgora ou ont été prélevées sur le site www.amazon-exotic-import.de
Qui n’a jamais entendu : « il est moche ce poisson, et t’as vu comme c’est bizarre, il se promène sur la vitre » ? Généralement, il se trouve un vendeur ou un parent pour expliquer à l’innocent naïf qui posait la question que c’est normal, puisqu’il s’agit d’un poisson nettoyeur d’algues… la plupart du temps on vous donne encore une pointe d’explication scientifique du style : « c’est un pléco, il grandit en fonction de la taille de son bac, super femme de ménage, très efficace… il n’y a même pas besoin de le nourrir… il devrait faire partie de votre équipement de base pour ce bac à poissons rouges… »
Combien de fois ai-je simplement branlé la tête ou soupiré devant telles âneries ? Combien de fois ai-je pris un malin plaisir à « casser la vente » du malheureux qui avait osé débiter son boniment devant moi ? Combien de fois, dans de meilleures dispositions, je me suis contenté de rectifier directement auprès du client, devant un vendeur d’abord contrarié, puis bienheureux de me laisser faire son travail ?
Jusqu’à récemment, je trouvais inévitable que l’on trouve ce genre d’idées reçues et de comportements dans les animaleries… un vendeur ne peut pas être bon en tout… il est sans doute d’abord un vendeur qui doit faire son chiffre et qui a des contraintes que nous autres aquariophiles n’avons pas… ça faisait partie de la marge de tolérance…
Et puis j’ai eu une révélation : j’ai passé 2 jours complets à Animalia 2004 à constater que cette croyance de « poissons-nettoyeurs » étaient réellement ancrée dans l’inconscient collectif. Des mamans qui expliquent à leurs enfants, le mec qui étale ses « nombreuses connaissances » devant une petite amie impressionnée par tant de savoir (ceux-là, j’avoue prendre un malin plaisir à les détromper, eh oui, chacun ses vices cachés), et le flot continu des quidams qui trouvent ces poissons « tellement laids » ou bien « vachement rigolos » ou qui s’inquiètent encore de « pourquoi ils bougent pas comme Némo ceux-là ? »…
Mais il a fallu encore que je constate que même sur le net, il y avait des néophytes qui contribuaient à propager cette calamité… J’ai donc finalement pris mon courage à deux mains et j’ai décidé de m’atteler à la grande tâche éducative de faire (re)connaître mes chères Ventouses comme des poissons à part entières... Allez, au boulot…
La numérotation L - LDA
Etant donné la très grande variété de Loricaridae qui sont découverts chaque année depuis les années 90, il est indispensable de pouvoir un peu s’y retrouver… en effet, tous les Loricariidæ ne peuvent être immédiatement étudiés et classifiés dans des genres et des espèces d’une manière systématique.
C’est pourquoi, en 1989, Rainer STAWIKOWSKI, éditeur en chef du magazine Allemand DATZ (Aquario et Terrario) et Arthur WERNER, importateur bien connu en Europe à travers sa firme TRANSFISH, ont mis au point le système de numérotation L. Il s’agissait de simplement numéroter ces nouveaux poissons-chats cuirassés au fur et à mesure de leur découverte, et de les présenter dans le magazine, afin de fournir aux aquariophiles un système de référence. La lettre L signifie simplement Loricariidae. Initialement le système L DATZ se limitait aux genre Ancistrinae et Hypostominae
Du coup, devant cette limite, un autre magazine Allemand, le « Das Aquarium » a mis en place en 1992 un système similaire, mais sans aucune restriction de genre, étendant le système LDA à toute la famille des Loricariidae.
Il est clair qu’un nouveau numéro L ou LDA ne correspond pas forcément à une nouvelle espèce, car un poisson de taille et de patron similaire pêché dans une autre localité, peut tout de même être de la même espèce génétique qu’un autre… et ce problème est encore actuel de nos jours car qui peut dire qu’une anomalie de coloration, ou une interprétation différente de la robe, une taille légèrement inférieure, font de l’individu une autre espèce à part entière ? C’est ce qui rend l’identification absolue de nos chères ventouses encore très délicate.
Les différents Genres :
Selon la systématique actuelle, il y aurait (et encore, ça change à chaque nouvelle étude d’un scientifique) plus de 70 sous-familles dans la grande famille des Loricariidae. Alphabétiquement, cela va de l’Acanthicus au Sturisomatichthys, en passant par Hopliancistrus et les Pogonopoma… Loin de moi l’idée de tous vous les présenter… ce serait interminable (et ceux que ça intéresse peuvent allez voir des sites tels que www.planetcatfish.com ou encore www.scotcat.org ).
Les noms scientifiques et les fantaisistes :
Dans cet aperçu que je vous propose, les noms scientifiques seront en gras (Acanthicus adonis) et les fantaisistes en italique « Golden Nuggets ».
Commençons donc cette ballade dans les genres les plus souvent proposés sur le marché, avec quelques divagations sur des poissons qui ont tout mon intérêt (ben oui, c’est l’avantage de rédiger un article, on y parle de ce qu’on veut)
Acanthicus spp
Dans cette sous-famille, on trouve particulièrement Acanthicus adonis et Acanthicus hystrix qui sont ce que j’appellerais des bêtes préhistoriques… voyez plutôt…

Ces poissons deviennent des choses énormes en dépassant allégrement les 60 cms et même s’ils sont « adorables » dans leur forme juvénile, il est totalement inconscient d’acquérir un individu à moins d’avoir non pas un bac, mais au moins une piscine…
Quant à son régime alimentaire, il est réellement opportunivore, puisqu’il se nourrira de tout ce qui tombe dans son bac, depuis les fruits et légumes jusqu’au mollusques (gare aux ampullaires) en passant occasionnellement par des poissons du bac…
Clairement, ce n’est pas un nettoyeur (ou alors, du style Léon, cf le film) !
Ancistrinae spp
Dans cette sous-famille, on trouve entre autres le L239, souvent appelé Blue Panaque. Il s’agit de poissons de taille raisonnable pour un bac de 300 litres environ.

Ancistrus spp
Plus de 55 poissons différents compose cette sous-famille. On y trouve aussi bien l’Ancistrus sp "batardus" que l’Ancistrus dolichopterus, noir à points blancs, encore trop fréquemment appelé A. hoplogenys ou encore « A. White Seam ».

Comme tous les Ancistrus, il est principalement herbivore, mais goûtera toute forme de nourriture dans le bac, y compris de la nourriture carnée, qu’il n’a pas le système digestif pour assimiler. Cela est d’ailleurs souvent la cause de mort par « ventre gonflé ».
On trouve assez régulièrement des formes albinos, qu’il ne faut pas confondre avec l’A. sp L144, dit « A.Gold » qui a une belle couleur jaune, mais des yeux noirs
Baryancistrus spp
Cette sous-famille comporte quelques-uns des coloris les plus originaux et on les trouve principalement dans le bassin du Rio Xingu, province de Pará, au Brésil. 14 espèces telles les Baryancistrus sp « Golden Nuggets » L81, L177, ou encore Baryancistrus sp « Mega snow ball pleco » L248, ou encore Baryancistrus sp « Orange Seam Pleco » L47. Ces poissons atteignent une taille respectable, souvent supérieure à 25 cms, mais ont une vitesse de croissance très lente, d’autant qu’ils ont un mode alimentaire particulier, très peu souvent respecté dans nos bacs.
Dans cette famille, on trouve aussi le cas particulier du L200. Ce Lori a reçu un numéro pour 2 genres et espèces différentes. La forme de L200, Baryancistrus demantoides « High Fin » se distingue par sa nageoire adipeuse et sa dorsale, qui sont reliées par une fine membrane.

Nous parlerons de l’autre forme du L200 (Hemiancistrus) dans le genre en question.
Ces poissons sont des « râcleurs », ceux-là même qui donnent cette réputation de nettoyeurs de vitres aux Loricariidae en général. Ils se nourrissent non seulement des algues qu’il râpent sur leur substrat (rocheux, dans la nature), mais surtout des animalcules qui y habitent, tels les petits crustacés, les vers et autres gastéropodes de petite taille.
Quand on les met dans un bac (souvent inadapté), le seul substrat qu’ils trouvent pour respecter leur mode alimentaire est malheureusement les vitres ou le filtre interne du bac.

Baryancistrus sp golden nuggets
En aucun cas, il ne s’agit de nettoyeurs, mais seulement d’un mode alimentaire que l’aquariophile paresseux interprète comme tels. Et c’est de cette manière qu’on voit souvent mourir d’inanition certains magnifiques spécimens.
Chaetostoma spp
Ces poissons originaires pour la plupart des cours d’eau fraîche des montagnes de Colombie sont peu présents dans nos bacs. On trouve régulièrement C. milesi appelé communément « bulldog pleco » pour sa forme particulièrement massive, qui rappelle bien sûr les trop célèbres molosses.

Ils ne dépassent guère 10 cms, ont un mode de vie grégaire (type colonie hiérarchisée) et ont un impérieux besoin d’eau fraîche et très oxygénée. Ils sont omnivores à tendance carnée et dépériront dans une eau trop chaude avec pour seule nourriture du végétal.
Farlowella spp
Ma première pensée en découvrant l’animal a été : « qu’est-ce que c’est pour une brindille qui bouge ? » Ces Loricariidae-là sont assurément intéressants. On en trouve rarement dans le commerce, souvent à taille adulte (20cms) et dans un état de santé lamentable. Leur régime alimentaire principalement herbivore et leur comportement extrêmement calme ne les mettent pas dans le peloton de tête des poissons « facilement vendables ».

Ce sont pourtant des poissons qui ont leur place dans tout bac biotope amazonien calme. Vous vous prendrez rapidement au jeu de les rechercher parmi les branches ou les plantes, guettant le moindre mouvement de leur part.
Hemiancistrus spp
On trouve ici, et entre autres beautés, le L128 et le L200, qui font partie de mes favoris en ce moment :

Le L128 Hemiancistrus sp est originaire du haut cours de l’Orénoque (Vénézuela), mesure environ 20 cms à l’âge adulte et a une robe gris anthracite parsemée de points blanc-bleu qui lui valent son surnom de « Blue phantom »… ridicule, mais vendeur, non ?
La deuxième forme du L200, l’Hemiancistrus subviridis est originaire du cours bas de l’Orénoque, à la frontière du Brésil et du Vénézuela, mesure environ 20 cms à l’âge adulte et son patron de coloration est très similaire à L128, sauf que la couleur de base tourne plus vers le jaune-vert. .
Les deux poissons sont omnivores, même s’ils sont des consommateurs d’algues avérés. En aucun cas, ils ne nettoieront vos vitres…
Dernière édition par Tchitchou44 le Jeu 8 Mai - 17:57, édité 2 fois
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